#7 ‘Musulman’: un mot d’origine arabe, persane et turque

Musulman effectuant la prière

Pourquoi disons-nous musulman, alors qu’on a muslim en arabe ou en anglais ? Saviez-vous qu’un mot pouvait être à la fois d’origine arabe, persane et turque ?

Muslim/مسلم est en arabe le participe actif du verbe Aslama qui signifie « se rendre, se soumettre ». Il signifie littéralement « celui qui se rend » ; avec la prédication de Muhammad, il prend le sens de celui « qui se soumet à la volonté de Dieu », « vrai croyant ». Islam est le nom d’action qui correspond à muslim: « la reddition à Dieu ».

Muslim se rattache à la racine sémitique S-L-M, qu’on retrouve notamment dans l’arabe salâm et l’hébreu shalom, qui signifient « paix ». Cette racine renvoie à l’idée de sécurité, de paix, de soumission (qui est une condition de la paix).

Muslim est devenu en persan mosalmân/مسلمان (nom et adjectif). Selon, une opinion majoritaire, cette drôle de transformation pourrait s’expliquer par l’adjonction du suffixe de pluriel animé persan -ân (qu’on retrouve dans talib-ân « les zélés ») : moslem-ân > moselmân > mosalmân. Le pluriel aurait pris un sens de singulier, si bien que pour désigner « LES musulmans » en persan on double le suffixe : mosalmân-ân.

Mosalman a été emprunté en turc sous la forme müslüman, avec la fermeture du o en ü, caractéristique du turc. En français, il apparaît pour la première fois en 1551 sous la forme pittoresque montsolliman pour désigner les Turcs. C’est dans le cadre de l’alliance entre François 1er et l’Empire ottoman, qu’on a commencé à désigner les adhérents à l’islam par un endonyme (nom que les musulmans se donnent eux-mêmes). Cela peut témoigner, dans le cadre d’un rapprochement diplomatique, d’un effort de compréhension de l’autre.

Après la colonisation de l’Algérie en 1830, l’emploi de musulman s’étend et finit de remplacer les anciennes appellations : Sarrasins, Ismaélites, Agarènes, Infidèles, Maures, Turcs. Dans l’Algérie coloniale, musulman désigne la catégorie juridique à laquelle appartient la population indigène, non citoyenne, de langue berbère ou arabe (à l’exception des Juifs) ; mahométan est plutôt utilisé pour l’appartenance confessionnelle. Le musulman est donc l’indigène soumis au droit islamique, et ce… même s’il est converti au catholicisme.

Avec l’immigration maghrébine en France au XXème siècle, musulman s’impose naturellement en français pour désigner ceux qui adhèrent à la religion islamique, qu’ils soient maghrébins ou non.

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