#16 Quelle est l’origine de ‘Wesh’?

Wesh ! Peu de mots ont autant d’usages en français. Wesh a tellement d’emplois qu’il semble impossible de le faire rentrer dans nos catégories grammaticales habituelles. Constatez-le par vous-mêmes :

• Interjection de salutation : « wesh ça va gros ? », « wesh bien ? »

Interjection d’interpellation : « wesh Rayane ! Viens là !

• Adverbe interrogatif (renforce l’interrogation) : « wesh il est où le flouz ? »

• Adverbe exclamatif ; wesh renforce le sentiment exprimé : agacement « wesh c’est quoi ce bordel ! », incitation « wesh fais tourner ! », apaisement « Tranquille wesh ! », colère « wesh t’es un ouf toi ! », admiration « wesh elle est trop belle ! », etc.

• Nom [péjoratif] : wesh (ou la réduplication wesh-wesh) désigne une catégorie de jeunes (ceux qui emploient wesh en permanence) : « arrête de t’habiller comme un wesh » ; wesh désigne aussi le langage de ces jeunes : « dictionnaire du wesh »

• Adjectif : « la littérature wesh », « la comptabilité wesh »

• Enfin le mot-valise weshitude (wesh + attitude)

Wesh est un bel exemple de dérivation zéro, qui désigne la capacité d’un mot à changer de catégorie grammaticale sans aucune modification de forme (suffixe, désinence, etc.).

Beaucoup reprochent à wesh d’être un tic de langage, un mot parasite répété qui ne servirait à rien. Au contraire wesh sert à beaucoup de choses, nous l’avons montré ! La diversité d’usages est même une des caractéristiques des mal-aimés tics de langage, qui fonctionnent comme une ponctuation orale.

Wesh est associé au langage jeune/cité/argotique, mais est de plus en plus employé par les jeunes de tous les milieux sociaux. Il est très probable que ce mot s’implante durablement en français.

Wesh est d’ailleurs entré dans plusieurs dictionnaires de référence : Le Robert (dès 2009), le Wiktionnaire. Le Scrabble (qui est presque un dictionnaire) l’a aussi admis dans son répertoire.

Mais d’autres dictionnaires comme le Larousse ou le dictionnaire de l’Académie français n’ont pas accordé d’article à wesh (ce qui témoigne d’une approche plus conservatrice). Certes illégitime, « vulgaire », wesh est pourtant un des mots les plus employés du français contemporain.

Cela renvoie à la question suivante : un dictionnaire doit-il décrire les usages linguistiques ? Ou bien prescrire les usages linguistiques (ce qu’il faut dire/ne pas dire) ?

Histoire de mots #17

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