Vous avez sûrement entendu que le Jeux olympiques ont lieu à Cortina d’Ampezzo (Veneto). Mais vous n’avez sans doute jamais entendu parler de la langue qui se parle traditionnellement dans cette zone. Le ladin.

Les athlètes présents à Cortina d’Ampezzo dans les Dolomites pour les Jücs olimpics (en vo) eux-mêmes n’entendent sans doute pas parler cette langue – et n’en ont jamais entendu parler. Car aujourd’hui à Cortina, une minorité (15%) d’habitants parle ampezan, dialecte local du ladin. Et les associations culturelles locales se sentent invisibilisées par l’organisation des Jeux.
Et si des athlètes entendait parler ladin, ils auraient probablement du mal à le différencier d’un dialecte italien, et vous aussi. Mais le ladin, malgré la diversité de ses dialectes, a des caractéristiques bien spécifiques qui le différencient clairement de l’italien et des dialectes de l’Italie du nord (vénitien, lombard).
On peut citer le fait que beaucoup de mots terminent par une consonne : ciaf vs italien chiave « clé », ciel vs cielo. Aussi la forte influence germanique dans le lexique (schterk « fort ») et la phonétique (présence des sons ü, eu). On peut également citer le maintien du s de pluriel comme dans ciases « maisons » (vs case italien).
Si bien que si vous écoutiez parler ladin, cela sonnerait un peu pour vous comme une sorte d’italien avec un fort accent allemand. Ecoutez ici la fable de la Bise et le soleil en ladin du Val Badia (Sud Tyrol), très marqué par l’influence germanique (cliquez sur « Badia »): https://atlas.lisn.upsaclay.fr/?tab=IT
Comme son nom le suggère, le ladin, parlé dans les Dolomites, est une langue romane qui descend du latin. Elle fait partie du même sous-groupe que le romanche parlé en Suisse et le frioulan, parlé dans la province du Frioul : le rhéto-roman, du nom de l’ancienne province romaine de Rhétie.
On peut supposer que ces parlers sont l’évolution locale du latin dans les Alpes orientales. Ces langues avaient autrefois une extension plus grande, comme le suggère la toponymie : on trouve beaucoup de noms lieux rhétoromans dans ce qui est aujourd’hui la Suisse allemande (Davos, Piz Buin) ou l’Autriche (Montafon, Tschagguns).
Comme beaucoup de langues minorisées, le ladin existe en réalité sur le mode de plusieurs dialectes parlés dans les Dolomites. La plupart des variétés de ladin sont en recul face à l’italien ; on estime le nombre de locuteurs à environ 40 000 personnes, majoritairement âgées, dans le Veneto (province de Belluno), le Trentin (Val de Fascia) et le Sud Tyrol (Val Badia, Val Gardena), où le ladin se maintient mieux. C’est donc une langue minoritaire qui pourrait disparaître, ou survivre sans plus aucun locuteur natif.

Le ladin est reconnu et protégé comme langue minoritaire en Sud Tyrol et dans le Trentin. En Italie, les langues régionales sont mieux valorisées et enseignées qu’en France, de loin le plus mauvais élève d’Europe en la matière. Mais ces politiques seront-elles suffisantes pour maintenir cette langue vivante ?

PS : si vous voulez entendre un dialecte ladin, regardez le magnifique film Vermiglio ou la mariée des montagnes (2024) https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=294235.html
PPS: extraits de ladin à écouter en ligne:
- https://www.youtube.com/watch?v=3fqB9iOyq2M&t=265s (émission radio de la période du COVID)
- https://www.youtube.com/watch?v=ldiKCmar96w
- https://www.youtube.com/watch?v=zLQEeyFRoUA
- https://www.youtube.com/watch?v=djFENShdqEk (ladin+italien)

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