#102 Comment comprendre la formule électorale « a voté »?

27 807 700 fois. C’est le nombre de fois que, selon mes calculs, la formule A VOTÉ a été prononcée ce dimanche dans les bureaux de vote. Elle apparaît sur TikTok ou Instagram comme emblème du vote ou incitation à aller voter chez quantité de politiciens ou particuliers.

Cette formule m’intrigue, car le sujet de 3ème personne n’est pas exprimé. Elle enfreint donc un principe de notre syntaxe : l’expression du pronom sujet conjoint. Contrairement aux autres langues romanes, le français exprime le sujet avant le verbe : il a voté vs it. ha votato.

Cette particularité saillante du français (et des langues d’Oïl) est probablement due au fait que les syllabes finales, qui portaient la marque de personne, sont tombées en français. Cela a rendu nécessaire le marquage de personne par un pronom sujet clitique : « chante » est désambiguïsé par JE chante, TU chantes. C’est probablement aussi une influence des langues germaniques, qui expriment le pronom sujet : il chante = angl. HE sings, all. ER singt, etc..

Comment donc interpréter A VOTÉ ?

On peut y voir une élision de « [cette personne] a voté », propre au langage administratif, familier d’usages très spécifiques. Cette formule est plus brève et pratique que « cette personne »/ « Clément … a voté »/ « elle a voté ».

Le vote est très ritualisé. Et tous les rituels sont codés par des formules qui en assurent le bon déroulement. A VOTÉ indique à l’assesseur chargé du registre qu’il peut faire signer l’électeur. Formule emblématique du vote, Il sanctionne aussi le fait que XY a voté devant des représentant(e)s de la République.

Le passé composé de A VOTÉ a également, en plus de sa valeur accomplie, une valeur résultative forte. Cette valeur aspectuelle, à l’origine du passé composé, s’intéresse au résultat présent d’une action passée. Ici, A VOTÉ exprime fortement l’action transformatrice du vote (dans le passé immédiat) sur le présent et le futur : le choix de nos représentants politiques.

Enfin, sur un plan stylistique, A VOTÉ exprime l’égalité : Emmanuel Macron « a voté », comme un chômeur ou une femme âgée en maison de retraite « a voté ». En élidant le pronom sujet, on se réfère à tous et à toutes de façon strictement identique, ce qui exprime bien l’égalité radicale de tous les citoyens et citoyennes face au scrutin démocratique : femmes, hommes, vieux, jeunes, chrétiens, musulmans, juifs, français d’origine et d’ascendance étrangère, pauvres, riches, ruraux, urbains, etc. « a voté ».

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