En écoutant l’hommage national de Macron à Lionel Jospin, je suis interpellé par les tics de discours de notre Président (ou de sa plume). Voici quelques traits stylistiques qui m’interpellent.
Macron aime le passé simple, qui donne au discours politique une tonalité littéraire marquée et ennoblit le sujet du discours : « Lionel Jospin fut de cette génération qui… ». Par l’usage du passé simple, temps du récit, dans ses hommages nationaux, Macron inscrit ainsi la personne honorée dans le grand roman national français.

Crédit : Ludovic MARIN / POOL / AF
Pour caractériser les personnes, Macron affectionne les (trop ?) longues appositions : « Mireille, sa mère, sage-femme, transmettant à toute la fratrie (…) cette forme particulière d’esprit, rebelle à l’embrigadement, sensible aux choses humaines, lucide dans le rapport à l’autre. »
Ses discours sont très structurés. Le récit est segmenté par des formules qui délimitent clairement les étapes de la vie du défunt, comme :
- « D’abord le temps de »
- « Puis vint le temps de »
Des discours très structurés rhétoriquement aussi, avec un goût marqué pour les figures de style, dont l’anaphore. Comme ici où il insiste sur la cohérence de la vie du défunt : « Lionel Jospin fut un homme de fidélité. Fidélité et fiabilité pour ceux qui l’aimaient. (…) Fidélité pour ses amis, la bande de la section du 18e arrondissement, (…) Fidélité à ceux qui partagèrent son chemin (…). »
Macron affectionne aussi les formules au rythme binaire, dont le parallélisme, figure par excellence du ’’en même temps’’ : « Des galeries d’art au cinéma, du tennis à l’opéra ».
Je suis aussi marqué par la fréquence des phrases nominales, sans verbe conjugué : « Plaisir français. Aimer, vivre, chanter, rire et vibrer. » Également par la mise en position sujet d’entités abstraites, comme des vertus : « Scrupule qui dissout la certitude, surplomb qui interdit l’exaltation ». C’est comme si ces vertus devenaient actrices à part entière de la vie du défunt honoré.
Enfin Macron termine souvent ses discours en s’adressant directement au défunt à la deuxième personne du pluriel, et au passé composé pour invoquer sa présence et souligner l’empreinte durable qu’il a laissée sur la nation : « Vous nous avez rappelé, Amiral, qu’il est des chênes que rien n’abat » (hommage à Philippe de Gaulle).
Personnellement, je trouve le style de Macron lourd et très scolaire. Comme la copie d’un bon élève qui sait imiter les modèles classiques, mais n’a aucune originalité. Il manque aussi d’humour.
Un discours d’homme politique ne vaut pas seulement pour ce qui est dit (qui manque souvent d’originalité), mais aussi pour l’ethos qu’il permet de construire. Macron dans ses discours se construit ainsi l’ethos d’un Président classique, attaché aux traditions et qui se place dans la continuité des grands hommes de France.
Et vous, qu’en pensez-vous ?

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