#96 La reconstitution linguistique au cinéma

Ces films parlent latin, araméen, lakota, yiddish, judesmo (judéo-espagnol), gaélique, maya yucatèque, français du XVIIème siècle restitué et (un peu) occitan1. Des langues disparues ou minorisées. J’ai toujours beaucoup apprécié au cinéma les efforts de reconstitution linguistique.

Affiche bricolée sur CANVA

À l’inverse, quand j’avais 12 ans, je me souviens d’avoir été très frustré par le film Walkyrie (2008) qui retraçait le complot de Stauffenberg contre Hitler en 1944. Un Stauffenberg joué par Tom Cruise en anglais sonnait faux. Et pourtant, il y a tant de bons acteurs allemands !

Aujourd’hui, dans Le mage du Kremlin, Jude Law joue Poutine en anglais, ce qui me laisse perplexe… Et que dire des péplums des années 1950 !

La reconstitution linguistique demande un vrai effort. Car souvent les acteurs ne connaissent pas la langue en question et peuvent perdre du naturel en ne jouant pas dans leur langue. Il faut parfois renoncer à de grands acteurs, incapables de cet effort. Et puis, ça demande de passer par des sous-titres.

Cet effort est pourtant payant, car il permet de dire les choses avec justesse. Il s’agit de restituer les incompréhensions et les contextes multilingues si fréquents dans le passé. Les Germains et les Romains ne parlaient pas la même langue. La Passion du Christ s’est jouée en araméen, en latin, et sans doute aussi en grec. Avec une langue passent aussi des attitudes, des postures, une vision du monde, une ambiance sonore. Faire parler anglais une communauté juive hassidique yiddishophone de New-York peut sonner faux.

Souvent, il s’agit de se rapprocher de la situation linguistique plutôt que la reconstituer. Ainsi, le film Apocalypto (situé en Amérique précolombienne) choisit le maya yucatèque, langue actuelle parlée par presque un million de personnes au Mexique, qui a sans doute pas mal évolué depuis 1500. Dans la série Barbaren, les Germains parlent allemand plutôt que vieux-ouest-germanique reconstitué.

Parfois, la reconstitution vise aussi à représenter un clivage linguistique. Dans la série Vikings, il y a une scène où devant un souverain anglo-saxon, les Vikings parlent vieux-norrois, alors que leurs interlocuteurs parlent anglais.

Toutes les langues de ces films ne sont pas mortes. Le yiddish, le yucatèque, le lakota, le judesmo, le gaélique survivent avec des états de santé variables. Mais elles sont toutes minorisées. C’est pourquoi les faire entendre et les valoriser à l’écran est si important.

Quel est votre avis ? Avez-vous des exemples de films à citer ?

  1. Lakota: Danse avec les loups (1990); latin: La Passion du Christ (2004) et Barbaren (2020); yiddish: SHTTL (2023), Unorthodox (2020), Brooklyn Yiddish (2017); judesmo (judéo-espagnol): Sterne (« étoiles » en allemand, 1959) ; yucatèque: Apocalypto (2006); araméen: La Passion du Christ (2004); gaélique irlandais: An Cailin Ciuin (The quiet girl, 2022); français restitué et occitan (un peu): Molière (1978) ↩︎

2 réponses à « #96 La reconstitution linguistique au cinéma »

  1. Avatar de MisS'Tina
    MisS’Tina

    Dans le parrain 2, Robert de Niro parle sicilien (appris phonétiquement parce qu’il ne parlait pas italien) et il y a un mélange italien & sicilien dans les rues de New York…

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    1. Avatar de MisS'Tina
      MisS’Tina

      Et sinon Meryl Streep a un formidable don avec les accents (le choix de Sophie, Thatcher, out of Africa…)

      Aimé par 1 personne

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