L’autre jour, j’étais à une cérémonie familiale. un ballon en mousse était tombé dans une flaque d’eau. Je récupère alors le ballon trempé et le lance à une petite fille de 4-5 ans, qui s’écrie : « il faut détremper le ballon ».

Quand la petite fille dit détremper, elle ne pense pas à l’adjectif détrempé (au sens de « très trempé »), mais elle dit qu’il faut sécher le ballon, ou plus exactement lui ôter sa trempitude.
Cette petite fille n’a sans doute jamais entendu l’adjectif détrempé, qui est plutôt rare. Mais elle a sans doute entendu tremper ; et des verbes préfixés avec le préverbe dé- : défaire, débrancher, déstaliniser. Elle a compris qu’ajouter ce préverbe signifie qu’on défait l’action dénotée par le verbe simple.
Plus encore, elle est capable d’associer ce préfixe dé- avec un autre verbe : tremper, pour exprimer le fait d’annuler la trempitude du ballon. En pensant que le préfixe dé- signifie toujours le fait de défaire l’action.
Cet exemple illustre bien les modalités d’apprentissage linguistique des enfants – je précise que je ne suis pas spécialiste de cette question. En bref, après les tous premiers balbutiements, ils passent par une phase où ils intègrent le système linguistique. Les enfants apprennent à parler par imitation mais aussi par induction et assimilation implicite de certaines règles.
Le cerveau des jeunes enfants tend ensuite à généraliser ces règles. A cette phase, ces phénomènes de sur-régularisation morphologique (notion développée notamment par J.B Gleason et S. Pinker) sont fréquents, par lesquelles les enfants appliquent des règles là où elles ne s’appliquent pas et créent des mots réguliers qui n’existent pas. On peut penser à « j’ai couri », « il a ouvré », « cassateur » (qui casse) ; à « I goed » en anglais.
Ce phénomène de sur-régularisation s’arrête à un certain âge, mais continue parfois à s’exercer pour des règles trop coûteuses à apprendre. Ce phénomène s’apparente à l’analogie, qui fait par exemple qu’on dise « après que je sois allé », par analogie sur « avant que je sois allé ».
Revenons à détremper. En français en réalité, le préfixe dé- a une deuxième signification. Dans détremper, de- vient du latin dis-, qui a un sens négatif lié à la séparation.
Écoutez parler les petits enfants qui vous entourent ou que vous croisez. Leurs fautes sont très intéressantes et amusantes !

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