
Dédié à tous ceux et toutes celles qui deviendront daron-ne-s en 2024 ![]()
Daron et daronne sont par excellence des mots de jeunes. Mais ils sont en fait bien anciens. Le langage des jeunes excelle à recycler des mots vieillis : daron est attesté en 1680 au sens de « maître de maison, patron », même si le mot est sans doute bien plus ancien. Comme beaucoup de mots familiers, plusieurs hypothèses existent sur son origine incertaine:
– Etymologie la plus probable : un mot valise de l’ancien-français dam « seigneur » (du latin dominus « seigneur », cf. dom) et de baron, qui signifie en ancien français « grand seigneur, mari, homme fort et vigoureux ». A l’origine en latin, baro signifie homme libre, mercenaire, sens qu’il a en vieux-francique dont il est issu
– Un dérivé de dard (je vous laisse comprendre la métaphore)
– Un dérivé de daru « fort » en ancien français.
Le glissement sémantique de « maître de maison » à « père » se fait assez naturellement. Au XIXème siècle, ses usages argotiques s’étendent pour désigner le vieillard rusé, le tenancier de cabaret, de maison close… mais aussi le préfet de police (bel exemple d’énantiosémie). Dans les années 30, Céline utilise daron/daronne dans Mort à crédit, au sens de « père » et « mère ».
Daron sort de la confidentialité dans les années 1980. Il réapparait dans la culture urbaine, hip-hop, rap au sens de « père ». Il se diffuse ensuite de façon notable dans le langage adolescent des années 2000, avec son féminin daron-ne « mère » et son pluriel darons « parents ».
Dans un schéma bien patriarcal, daronne est dérivé de daron, alors que dans toutes les langues (que je connaisse), père et mère sont issues de racines bien distinctes, à la mesure de leur importance bien distincte pour l’enfant qui acquiert le langage.
Daron et daronne ne remplacent pas « père » et « mère » ; ils sont surtout employés entre jeunes, pour marquer une identité commune, l’appartenance au groupe des adolescents, en opposition au monde barbant des darons. C’est ce qu’expriment les expressions « Fais pas ton daron » (« arrête de faire le chef ») ; ou encore « c’est un truc de daron » (« c’est vieillot »).
Histoire de mots #14

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