#75 Pourquoi ‘chevals’ est devenu ‘chevaux’?

Choux, hiboux, cailloux, mais fous, clous, bisous… Vous avez sûrement peiné à apprendre les mots en -x au pluriel quand vous étiez élèves. Vous avez sûrement été repris quand vous écriviez chevals au lieu de chevaux. Et pourtant il y a longtemps, on a eu dit et écrit chevals…

Mais alors, que vient faire ce -x au pluriel ?

X est en fait d’une abréviation pour -us. En ancien français, les pluriels en -als, -els se sont transformés en -aus, -eus (prononcer [aws], [ews]). On a la même chose en portugais où le -l se vocalise à la fin des mots : BRASIL [Brasiw], PORTUGAL [Portugaw], FACEIS (< facils).

Chevals devient donc chevaus [tchevaws]. Au Moyen-Âge, les scribes utilisaient énormément d’abréviations. Pour noter le -us final, ils se sont mis à utiliser l’abréviation x, ce qui donne CHEVAX, IEX (yeux), BIAX (beaux), DEX/DIX (dieux), etc.

Extraits du manuscrit d’Yvain ou le Chevalier au lion de Chrétien de Troyes, BnF, manuscrit du XIIIème siècle, Picardie (consultable sur Gallica): https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8415202d/f425.item.zoom). Les -x sont signalés par les flèches rouges.

Deux théories s’affrontent sur l’origine de ce x final (et les débats ont été vifs!).
Selon certaines théories, ce serait en fait une déformation de -us sous la forme -χ, assimilée plus tard au -x par ressemblance formelle.

Selon une autre théorie, il pourrait aussi s’agir d’un réemploi de -x, lettre morte de l’alphabet latin qui n’avait pas de valeur propre. Le réemploi de lettres mortes (h, y, x, z) a été fréquent dans l’histoire de la langue.

L’abréviation x = us s’explique aussi par la valeur ancienne du -x, spécialisé pour noter le-s, notamment en fin de mot. En effet, là où le -x demeurait en ancien français, par fidélité étymologique à l’orthographe latine, il notait le son -s, comme dans SIX, CRUCIFIX. Mais -x note [s] aussi en milieu de mots, comme aujourd’hui encore : BRUXELLES, XAINTRIE.

Sauf que… avec le temps, les scribes avaient oublié la valeur de ce -x et le considéraient comme une variante du -s du pluriel. Ils se sont donc mis à rajouter des -u pour noter la prononciation du mot, et parfois même des l. D’où chevaux/chevaulx, yeux/yeulx, etc.

Le -x a été redécouvert à la Renaissance avec sa valeur d’origine [ks]. Mais on a gardé l’ancienne graphie x = us. Parfois aussi le -x latin a été ajouté ou maintenu par rappel étymologique comme dans SIX, PAIX, VOIX.

Enfin, étrangement, dans certains mots -ls n’est pas passé à -ux, comme dans FOUS (fols) ou COUS (cols). Vive l’orthographe française et sa logique…

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