#109 Mais quelle est l’étymologie de « mais »?

Quand l’étymologie se cache dans les locutions figées… Avez-vous déjà entendu ou lu l’expression « je n’en peux mais » ? Elle constitue la clef de l’étymologie de la conjonction MAIS

« Je n’en peux mais » signifie : « je n’en peux plus/davantage ». C’est la seule forme où mais ait gardé son sens d’origine de : « plus ».

Car MAIS est l’évolution française du latin MAGIS « plus, davantage », qu’on retrouve dans l’espagnol MAS ou l’occitan MAI avec son sens d’origine. Ou encore en italien MA, où il a évolué comme en français.

Illustration: les miracles de Saint Ignace de Loyola (1491-1553), Pieter Paul Rubens (1577-1640), 1617-1618, Kunsthistorisches Museum, Vienne

En latin, on traduit MAIS par SED ou AUTEM. Comment donc MAGIS a-t-il remplacé ces conjonctions ?

Première étape : en latin, MAGIS a aussi le sens de « plutôt », notamment dans des constructions adversatives à premier élément négatif, où il exprime une correction, comme :  

Non est stultus, sed magis temerarius : il n’est pas idiot mais plutôt irréfléchi [exemple de mon invention, mais vraisemblable]

Cette construction est attestée en latin classique, et devait être fréquente à l’oral.

Deuxième étape : MAGIS s’autonomise. On peut l’utiliser sans les conjonctions SED ou AUTEM pour exprimer une opposition :

Id non est turpe, magis miserum est : ce n’est pas une honte, plutôt/mais un malheur (Catulle, poème 68, v.30)

Ipse [Sulla] ab nullo repetere, magis laborare, ut illi quam plurimi deberent: [Sylla] ne demandait rien à personne, mais s’efforçait d’avoir le plus d’obligés possible. (Salluste, Guerre de Jugurtha, 96)

Dans cette tournure, MAGIS assume la valeur de SED. Cette tournure est relativement rare en latin classique. Elle était sans doute fréquente à l’oral, vue la productivité de MAGIS dans les langues romanes (issues du latin parlé).

Troisième étape : on sort du latin pour arriver aux langues romanes. MAIS prend toutes les anciennes valeurs de SED. Il est utilisé pour exprimer l’opposition, sans que le premier élément soit négatif :

Il est milliardaire, mais honnête

Vas-y, mais c’est risqué

Il est doué, mais il ne travaille pas

A ce stade, MAIS est complètement grammaticalisé. MAIS perd progressivement son sens d’origine « davantage » (sauf dans « n’en pouvoir mais »), encore bien attesté en ancien français. Il devient une conjonction de coordination adversative qui oppose deux éléments (propositions, adjectifs, groupes nominaux), avec plusieurs valeurs : objection, opposition, correction, restriction, concession.

A noter que le glissement MAGIS “plus” > conjonction MAIS existe dans toutes les langues romanes, sauf le roumain.

Quatrième étape : les emplois de MAIS se diversifient dans des usages où il n’exprime plus l’opposition. MAIS est ainsi utilisé comme particule de discours, comme dans : « Ah mais ! », « Mais j’y pense », « Mais bien sûr ».

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