Je suis tombé sur le mot cœliaque dans un texte il y a peu. Mon cerveau a buggé. Fallait-il lire : seuliaque, keuliaque, kéliaque, céliaque ? Automatiqeument, je lisais keuliaque. Et ce, même si je connaissais la prononciation orale de ce mot: [séliak].

J’ai toujours eu du mal avec le e dans l’o. Je n’ai jamais compris comment l’écrire sur le clavier. Il est difficile de déterminer quel son représente cette ancienne ligature médiévale. Les règles sont très peu claires :
– œ se prononce [eu] (ouvert ou fermé) dans les mots d’origine latine. Il est alors suivi de -u : œuf, cœur, nœud – sauf dans œil. Dans les mots latin, œ a seulement une valeur étymologique, pour signaler un ancien o (ovus > œuf, cor > cœur, nodus > nœud, oculus > œil).
– œ se prononce [é/è] (ouvert ou fermé) dans les mots d’origine grecque, selon une norme puriste. En latin, on notait <œ> la diphtongue grecque oi dans les emprunts : oikumenikos > oecumenicus. Mais la prononciation de ce œ a fini par évoluer en [è], d’où les prononciations Œdipus, œsophagus ([èdipus], [èzofagus] ;
Là encore l’orthographe se base sur l’étymologie (graphie latine du mot grec) plutôt que sur la prononciation réelle…
– En réalité, on admet désormais la prononciation [eu], très majoritaire, comme dans œdème, Œdipe, etc, par contamination avec les mots plus courants (latins) contenant œ[u], Mais pour d’autres mots, comme cœliaque, cette liberté n’existe pas;
– Pour rajouter de la complexité, dans certains mots de même étymologie, le – oi grec est noté tantôt avec – œ : œcuménique, tantôt avec – é (ce qui est logique) : économie, termes tous deux dérivés du grec οἰκία « maison »
– Œ est parfois là où il ne devrait pas exister : fœtus est d’origine latine, mais le œ s’y prononce [é], comme dans les mots grecs ; le mot d’origine, fetus, ne contient aucun o. C’est donc une faute étymologique.
– Enfin, pour simplifier les choses, œ permet de maintenir la prononciation dure du c dans cœur [keur], au lieu de [seur] : ce n’est pas le cas dans les mots d’origine grecque, où le œ, au contraire, adoucit le c : cœliaque [séliak], cœlacanthe [sélakant], etc.
En somme, œ peut noter 4 sons à la fois : eu ouvert et eu fermé (très majoritaires), é et è, avec des règles pas claires et des erreurs étymologiques. Belle illustration de la beauté de notre orthographe ^^

Pourquoi donc je lis [keuliak]? C’est, je pense, une tendance naturelle de notre cerveau à régulariser des systèmes compliqués. Quand il voit la séquence cœ, il applique la prononciation [keu], celle dont les occurrences sont les plus fréquentes. Même si elle ne se rencontre que dans un seul mot et ses dérivés: cœur, à lui seul bien plus fréquent que cœliaque, cœlacanthe, etc.
Je plaide donc pour la graphie céliaque, beaucoup plus cohérente avec la prononciation !

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