#110 Tac tac tac : signification et usage de cette interjection en visioconférence

« Tac tac tac je vérifie. Tac, c’est publié… »

Tac tac tac : un drôle d’objet linguistique que j’ai beaucoup entendu dernièrement, notamment en visioconférence. Il a commencé par m’agacer, puis m’amuser, puis m’intéresser.

Tac est une interjection, c’est-à-dire une forme invariable n’appartenant à aucune autre catégorie grammaticale, qu’on insère dans un énoncé pour exprimer une émotion ou gérer une interaction. L’interjection prend tout son sens dans le contexte d’un énoncé.

Tac est à l’origine une onomatopée qui imite un bruit sec. Il peut peut selon les contextes évoquer le bruit d’une horloge, d’une mitraillette, etc. Comme interjection, Tac fait penser à un bruit d’engrenage ou au bruit sec d’un dossier qu’on referme, évoquant les démarches administratives.

En contexte informatique, Tac tac tac (souvent répété trois fois) exprime une succession de micro actions (envoyer un mail, ouvrir un fichier, un onglet, cocher une case, etc.) menant à l’accomplissement d’une tâche, à la fin d’une action. Il est très souvent utilisé pour une tâche de vérification :

Attends je vérifie ça… tac tac tac. C’e’st bon normalement – 1

« Ce cours c’était avec elle. Tac tac tac, je regarde ça [la note]»

Ou de validation : « Euh tac tac tac ça c’est bon. »

Tac seul, souvent interchangeable avec hop, exprime une manipulation unique, comme l’envoi d’un mail :

« j’envoie le mail tac [clic d’envoi] c’est bon »

« J’allume ma caméra tac hop »

Ce qui est intéressant, c’est que cette interjection accompagne plus des manipulations que des paroles. Tac accompagne une pause dans la chaîne parlée pendant laquelle le locuteur fait une démarche, et sert donc à combler le vide. J’identifie deux fonctions principales de Tac dans l’interaction :

– il sert au locuteur à structurer ses actions en les découpant, chaque Tac indiquant l’achèvement d’une micro-tâche ;

– il sert à signaler à l’interlocuteur que l’interaction continue malgré la pause dans le discours. Cette fonction est essentielle dans le contexte de la visio, où l’interlocuteur ne voit pas ce que fait le locuteur, qui détourne le regard de la caméra pour faire des manipulations. Il a alors une fonction phatique (maintenir l’interaction), qui est cruciale en visioconférence…

A mon avis, si Tac voit ses usages se développer à l’ère du numérique, c’est qu’il rend audibles les manipulations invisibles que l’on fait au quotidien derrière nos écrans.

Voyez-vous d’autres usages de Tac ? Et quel serait l’équivalent dans d’autres langues ?

Sources et références

  • Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage, Jean Dubois et al., Larousse, 1994 (éd. orig. 1973).
  • Grande Grammaire du français, sous la direction d’Anne Abeillé et Danièle Godard, Actes Sud / Imprimerie nationale, 2021.
  • Grammaire méthodique du français, Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat et René Rioul, Presses universitaires de France, 1994 (rééd. plusieurs fois).
  • Wiktionnaire, article « tac », consulté le 3 juin 2026 : https://fr.wiktionary.org/wiki/tac

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