#112 Simonne Vidal et Marc Bloch: des noms qui racontent un pan de l’histoire juive de France

Ma mère m’a demandé hier si la femme de Marc Bloch, Simonne Vidal, était également juive. En tant que personne originaire du Languedoc, Vidal était pour elle un nom occitan très répandu, pas associé au judaïsme.

Illustration: portraits de Marc Bloch et de son épouse Simone Bloch (Vidal) à Paris, le 22 juin 2026 – AFP / Adnan Farzat / NurPhoto

Simonne Vidal était bien d’une famille juive – certains patronymes sont portés à la fois par des Juifs et Chrétiens. Les Vidal sont une des familles juives « du Pape », c’est à dire originaire du Comtat Venaissin (Carpentras) et d’Avignon (actuel Vaucluse), qui appartenaient au Pape jusqu’à la Révolution française en 1791.

Alors que les Juifs avaient été expulsés du Royaume de France au XIVe siècle, ils ont continué à vivre dans les États du Pape sous un statut de tolérance, malgré de nombreuses discriminations et restrictions.

Ces communautés parlaient la langue locale, l’occitan provençal, dans une forme spécifique appelée judéo-provençal, qui s’écrivait avec des caractères hébraïques. Cette langue s’est éteinte au XXème siècle.

Extrait de texte judéo-provençal https://www.jewishlanguages.org/judeo-provencal

Certaines familles portaient des patronymes typiquement occitans, comme Astruc (« chanceux ») ou Vidal, ancien prénom issu du latin vitalis « relatif à la vie, vital, vivant ». Dans les communautés juives, Vidal pouvait souvent être utilisé comme traduction du prénom hébraïque Chaïm (« vivant »).

Vidal a la même forme en occitan, catalan et espagnol, ce qui fait qu’on le retrouve couramment en Espagne et Amérique latine comme prénom et patronyme, et également parmi les juifs séfarades originaires d’Espagne : le père d’Edgar Morin, issu d’une famille judéo-espagnole de Grèce, s’appelait ainsi Vidal Nahoum.

En 1791, les Juifs du Pape deviennent citoyens français et peuvent quitter les ghettos où ils étaient assignés. Ils se mélangent à la communauté juive française plus large d’alors et s’illustrent dans différents domaines, avec des personnalités comme Adolphe Crémieux, Darius Milhaud ou Alfred Vidal-Naquet.

C’est dans ce contexte que Simonne Vidal épouse Marc Bloch, dont la famille était juive alsacienne. Bloch est un nom ashkénaze issu du polonais włoch « étranger, italien [sens moderne] ». La présence de ce nom en Alsace témoigne probablement d’échanges et de déplacements anciens entre communautés juives de Pologne et d’Alsace.

Simonne Vidal et Marc Bloch réunissent par leur mariage deux histoires, deux traditions du judaïsme français : les juifs provençaux du Vaucluse et les juifs ashkénazes d’Alsace, qui sont les deux communautés juives les plus anciennement implantées sur le territoire français.

Que leur mémoire soit une bénédiction !

Extrait d’un chant judéo-provençal https://www.jewishlanguages.org/judeo-provencal

Sources:

Sur le nom Bloch:

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