#124 Lourdes la gasconne

Lourdes, où s’est rendu le Pape dimanche dernier, est un lieu profondément lié au gascon pyrénéen, une variété d’occitan, dont la Vierge Marie est une éminente locutrice.

En 1858, au moment des apparitions, c’est en gascon que la Vierge Marie se serai adressée à la jeune Bernadette Soubirous, qui ne parlait pas français : Que soy era immaculada councepciou (« je suis l’immaculée conception »)

Cette phrase de la Vierge à Bernadette réunit deux caractéristiques saillantes du gascon pyrénéen :

– l’article défini féminin ERA (issu du latin illa), assez étrange (on a ETH au masculin). C’est à ma connaissance la seule langue romane à avoir un article défini de deux consonnes !

– la particule de discours QUE [qué], qui accompagne les phrases affirmatives : que parli gascon « je parle gascon » . Cette particule énonciative est généralement obligatoire dans les phrases affirmatives : elle peut rappeler le do emphatique anglais : I do believe « oui, je crois », mais qui lui est facultatif. D’après certains, l’usage de cette particule pourrait avoir un lien avec le basque.

La grotte de Massabielle où Bernadette a rencontré la Vierge Marie se dit Massa-vielha « vieille masse/roche » en gascon. Ce mot révèle un autre trait important du gascon : le bêtacisme ou la confusion entre le v et le b, comme en espagnol, ce qui explique que vielha soit transcrit comme bielle en français.

Illustration: le Pape Léon XIV priant devant la statue de la Vierge Marie dans la grotte de Massabielle, Lourdes, le 27 septembre 2026, photo de l’agence ANSA https://www.vaticannews.va/…/pape-leon-xiv-lourdes… Traduction: « Bonjour Léon! Bienvenue à Lourdes! Comment allez-vous? »

Au début des apparitions, par prudence, circonspection devant l’ineffable, la jeune Bernadette Soubirous commence par nommer l’être qui lui apparaît aquero, « cela » en gascon, avant d’y reconnaître la Vierge Marie. La conversation qu’elle entame avec elle se poursuit en gascon.

Visiblement, la Vierge Marie n’était pas animée de l’idéologie française monolingue d’aujourd’hui. Elle devait avant tout se faire comprendre et pour cela utiliser la langue locale. Car en 1858, au moment des apparitions, le gascon était la langue quotidienne de la majorité des habitants, dont Bernadette Soubirous, qui était illettrée.

La question reste de savoir où la vierge Marie a bien pu apprendre le gascon. Peut-être est-elle allée à des concerts de Nadau?

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