J’ai eu le bonheur de devenir oncle pour la première fois il y a peu ! Mais d’où vient le mot oncle ?

En latin, avunculus signifie « oncle maternel » (dans ce sens-là je suis avunculus). Il est composé de avus « grand-père » et du diminutif –nculus, à valeur affectueuse. Avunculus signifierait donc quelque chose comme « petit grand-père » ou « grand-père » avec une valeur affectueuse. Parallèlement en latin, nepos signifie à la fois « neveu » et « petit-fils » : le français n’a retenu que les sens de neveu, alors que l’italien nipote a conservé le double sens.
Avunculus a évolué en en unculu(m), qui a donné le mot français oncle, ensuite transmis à l’allemand et à l’anglais (Onkel/uncle). Sauf le roumain unchiu(l), les autres langues romanes ont retenu un autre étymon : thius, du grec theios, qui a donné tio (espagnol) ou zio (italien).
Mais pourquoi donc en latin l’oncle maternel serait un petit grand-père ?
Dans les structures familiales latines, très patriarcales, très marquées par la patria potestas (pouvoir paternel), la relation avec le père (pater) ou son frère (oncle paternel ou patruus) était une relation marquée par l’autorité. En revanche, la relation avec le grand-père (avus) était moins distante et laissait beaucoup plus place à l’affection et à la tendresse.
L’oncle maternel entretenait aussi une relation d’affection et tendresse avec son neveu ou sa nièce. Cette relation échappait aux enjeux du pouvoir patriarcal. Il existe plusieurs cas célèbres d’adoption entre un oncle maternel et son neveu : Auguste/César (grand-oncle maternel), Pline l’Ancien/Pline le Jeune. Cette relation affectueuse aurait été similaire à celle entre un grand-père et son petit-fils, d’où l’appellation de l’oncle maternel comme avunculus, dérivé de avus « grand-père » avec le diminutif affectueux -nculus.
L’oncle maternel apparaît donc comme une figure plus proche que l’oncle paternel (patruus), plus distant. C’est probablement en raison de la force de ce lien que seul avunculus/oncle a été conservé en français pour désigner cette relation familiale.
Dans la littérature médiévale, l’oncle maternel demeure une figure importante, qui entretient une relation d’affection avec son neveu : Charlemagne/Roland, Arthur/Gauvain, etc.
Et Tonton ? C’est une appellation enfantine construite par analogie sur Tata (redoublement enfantin de Ta[nte]), mais où on a conservé la voyelle [on], qui est celle de oncle.
Fier d’être avunculus !

Le Prince Philip d’Edimbourg et son oncle maternel Louis Mountbatten, Eastney, Angleterre, 1965

Guillaume II, empereur d’Allemagne, et son oncle maternel Edouard VII d’Angleterre, Berlin 1909, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Edward_VII_and_Wilhelm_II_in_Berlin_1909.jpg
SOURCES:
- Beekes, Robert S. P. « Uncle and Nephew ». The Journal of Indo-European Studies, vol. 4, no 1, 1976, p. 43–63. PDF de l’article.
- Benveniste, Émile. « Termes de parenté dans les langues indo-européennes ». L’Homme, t. 5, nos 3–4, 1965, p. 5–16. Lire sur Persée.
- Ernout, Alfred, et Antoine Meillet. Dictionnaire étymologique de la langue latine : histoire des mots. Paris, 1959, s. v. « avunculus ».
- Küpper, Jean-Louis. « L’oncle maternel et le neveu dans la société du Moyen Âge ». Bulletin de la Classe des lettres et des sciences morales et politiques, t. 15, nos 7–12, 2004, p. 247–262. Lire sur Persée.
- Wartburg, Walther von (dir.). Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW), s. v. « avunculus », vol. 25, p. 1252a. Consulter le FEW.
- Wiktionnaire. « avunculus ».
- Wiktionnaire. « oncle ».

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