Station de bus d’Erevan : il n’y a aucun tableau des départs. Seulement des vans (marshrutkas) numérotés, avec écrit dessus le nom d’une destination en arménien, sans transcription en alphabets cyrillique ou en latin. Aucune idée de quel bus prendre pour aller à Etchemiadzin. J’essaye de me débrouiller avec quelques mots de mauvais russe en disant le nom de ma destination : « avtokar vEtchmiadzin zdies ? », et finis par trouver un bus.

C’st sans doute une de mes plus grandes expériences de solitude linguistique, notamment du fait de l’écriture que je ne sais pas déchiffrer. Et vous, quelle est votre expérience la plus marquante de déboussolage linguistique ?
L’arménien est une langue indo-européenne, c’est-à-dire apparentée au latin, grec, français, anglais, sanskrit, persan, etc, avec lesquels il partage un ancêtre commun reconstitué, le proto-indo-européen.
Les spécialistes ont du mal à classer l’arménien parmi les langues indo-européennes. Certains considèrent que la langue la plus apparentée pourrait être le grec – mais il y a aussi des proximités avec l’iranien.
En effet, le royaume d’Arménie royaume a émergé pendant l’Empire perse achéménide (VI-IVe siècles av JC). La langue arménienne ancienne a ainsi été soumise à une très forte influence de l’iranien ancien avec des emprunts comme azat « libre », hrestak « ange », etc.
L’arménien a aussi connu des évolutions phonétiques très spécifiques. En évoluant pendant des siècles voire des millénaires en contact avec les langues du Caucase, dont le géorgien, l’arménien a vu certains aspects de sa phonétique converger avec ces langues, dont la capacité à additionner beaucoup de consonnes à la suite, comme dans tʿṙčʿel « voler ».
L’alphabet arménien occupe une place centrale dans l’identité arménienne. Il compte 36 lettres (élargi à 39 ensuite) et a été créé au Ve siècle par Mersrop Mashtots pour traduire la Bible.

Ce qu’on appelle arménien peut en fait recouvrir plusieurs dialectes, qui ont donné naissance à deux grandes langues standard : l’arménien oriental (env. 4 millions de locuteurs), parlé en Arménie, Géorgie, Iran et Russie et l’arménien occidental (env. 1,5 million de locuteurs), parlé en Anatolie avant le génocide de 1915 et aujourd’hui au Liban, en Syrie, en Turquie et dans la diaspora issu de l’ancien Empire ottoman. A cela on peut ajouter l’arménien classique ou grabar, langue littéraire jusqu’au XIXe siècle et langue liturgique jusqu’à nos jours.

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