#118 Pourquoi l’arménien et le persan sonnent similaires à l’oreille?

Une chose qui m‘a troublé en Arménie est la ressemblance de l’arménien oriental avec le farsi (persan d’Iran), qui ne sont pourtant pas directement apparentés. Souvent je croyais entendre du farsi, langue que j’ai étudiée et à laquelle mon oreille est plus habituée. Pourquoi ?

Illustration: Mosquée bleu d’Erevan, août 2026, photo personnelle. Bel exemple d’architecture persane en Arménie

On pourrait d’abord dire que l’arménien, comme le persan, accentue la dernière syllabe des noms et adjectifs, avec un accent plutôt de hauteur que d’intensité (prononcé plus fort). Dans un groupe syntaxique, c’est le dernier mot qui reçoit l’accent le plus important. Comme le persan, l’arménien a une prosodie descendante dans les phrases affirmatives – c’est-à-dire, en termes musicaux, qu’on descendrait d’un ton ou demi-ton à la fin de la phrase (do-do-si).

Le persan et l’arménien ont beaucoup de sons en commun. On peut notamment remarquer la prononciation des -t et -p. En persan -p, -k et les -t sont prononcés avec une aspiration, comme si on, rajoutait un h après : un peu comme le -t initial de tea en anglais, ou le p de pen. En arménien, il existe aussi des -t , un -k et un -p aspirés (k’ami « vent », yot’ « sept », etc .). Mais contrairement au persan, l’arménien les distingue clairement des t-, p-, k- « normaux » (= comme en français).

L’arménien a beau avoir emprunté énormément de mots au persan, ça ne le rend pas plus proche du persan à l’oreille, car la plupart de ces emprunts sont très anciens et leur prononciation s’est beaucoup transformée en arménien. Cette proximité peut être vue comme un phénomène aréal, qui fait que des langues différentes vivant dans une même zone tendent à avoir des prononciations similaires, quelle que soit la parenté entre elles.

Cet exemple montre qu’intuitivement, nous avons tendance à catégoriser les langues que nous ne connaissons pas selon le répertoire que nous avons. Contrairement à moi, un persanophone natif ne trouverait sans doute que peu de proximités entre l’arménien et le persan.

Pour catégoriser les langues intuitivement, nous nous appuyons principalement sur la phonologie, la prosodie, le rythme. La musique de ces langues, pourrait-on dire, pas sur la proximité généalogique. Ce qui fait qu’à nos oreilles, deux langues non-apparentées pourront sonner proches – alors que deux langues apparentées sonneront différentes (roumain et portugais).

Essayez d’écouter du basque d’Espagne et de l’espagnol ! Dites-moi ce que vous en pensez…

Cathédrale de Vank dans le quartier arménien d’Ispahan. Un superbe exemple de rencontre entre l’art persan et l’art arménien. Diego Delso, delso.photo, License CC BY-SA https://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Saint-Sauveur_d%27Ispahan#/media/Fichier:Catedral_Vank,_Isfah%C3%A1n,_Ir%C3%A1n,_2016-09-20,_DD_118-120_HDR.jpg
Cathédrale de Vank dans le quartier arménien d’Ispahan, de l’extérieur, Diego Delso, delso.photo, License CC BY-SA https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Vank_Cathedral_01.jpg?uselang=fr

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