En débarquant en Géorgie, je me suis de nouveau retrouvé déstabilisé par un alphabet nouveau dans lequel je n’avais aucune base, et dont même les formes arrondies sont difficilement assimilables par mes yeux. Heureusement qu’à Tbilissi du moins, beaucoup de choses sont écrites en anglais ou en russe.

Le géorgien est une langue atypique et très ancienne. D’abord, elle n’appartient à aucune des grandes familles linguistiques de la région, comme les familles turciques, indo-européennes ou sémitiques. Elle forme sa famille à elle, le kartvélien, avec le laz, le mingrélien et le svan, parlées en Géorgie et en Turquie. Le kartvélien est une des trois familles de langues autochtones au Caucase (très riche en langues) avec les langues nakho-dghestaniennes (tchétchène et avar notamment) et la famille abkhazo-adyguéenne (abkhaze et circassien).
L’isolement du géorgien a alimenté les spéculations en tout genre sur ses parentés linguistiques plus lointaines. On a notamment tenté de relier le géorgien au basque, d’après une tendance bien ancrée à essayer de relier entre elles des langues isolées perçues comme bizarres et archaïques.

Cette ancienne hypothèse, peu fondée scientifiquement, est notamment due au nom que donnaient les Grecs aux habitants de l’actuel Géorgie : les Ibères, ce qui a alimenté des théories sur une origine ibérique des Géorgiens ou une origine caucasienne du basque (supposément descendant de l’ibère – ce qui est peu fondé). On peut aussi noter que le basque comme le géorgien sont des langues ergatives (poste à venir).
Un des aspects frappants de la phonétique du géorgien est sa capacité à accumuler les consonnes les unes à la suite des autres. Le fleuve de Tbilissi s’appelle ainsi Mt’k’vari. Et les consonnes du géorgien ne sont pas simples à prononcer.
Le géorgien se caractérise aussi par un système verbal extrêmement riche et complexe, avec beaucoup de préfixes et de suffixes qui ajoutent les uns aux autres pour exprimer différentes informations : p.ex. dav-bad-ebulvart « nous sommes nés », où le radical verbal est -bad-.
Enfin, la façon d’appeler les parents est particulièrement déstabilisante : en géorgien, Mama signifie… « papa » et Deda signifie « Maman ».
Cependant, le géorgien est aussi plus simple que le français à beaucoup d’aspects : absence de genre grammatical, absence d’articles, correspondance parfaite entre la graphie et les sons.
Sur ce, mshvidobit dzvirpaso mk’itkhvelebo მშვიდობით, ძვირფასო მკითხველებო (« au revoir chers lecteurs ») !

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